Dérouler le décor

Centre des arts Juliette-Lassonde, St-Hyacinthe

Architecture : Dan Sergiu Hanganu, architectes

Modules d’aluminium : FOL art public

Installation suspendue formée de trois éléments dans la foyer d'une salle de spectacle.
Les trois modules sont faits de cuir, tendu sur des armatures d'aluminium.

Le fil conducteur

Nos sens sont tout de suite sollicités par l’espace généreux en hauteur, la lumière du jour émanant de partout ainsi qu’une chaude coloration d’ocre à hauteur d’homme se détachant sur une parfaite blancheur d’autre part. Une belle mezzanine longe l’espace foyer, distribuant à l’étage les accès vers la salle de spectacle. Le temps d’un entracte, imaginons l’architecture du centre des arts comme un site d’observation assorti d’un promontoire d’où se présenterait notamment du bâti religieux et des étendues agricoles, traversées par la rivière Yamaska.

Installation suspendue formée de trois éléments dans la foyer d'une salle de spectacle.
Les trois modules sont faits de cuir, tendu sur des armatures d'aluminium.

La suspension

Qu’il s’agisse aussi bien d’éléments du paysage que de réalisations humaines, ce qui se donne à voir de ce territoire en évolution est le fruit d’un travail incessant sur les formes.  En conséquence, les figures sont faites d’une matière façonnée par contrainte. Le cuir tendu doit sa forme à des poussées et des tractions qui s’élancent jusqu’au plafond.  Les formes ne peuvent même se déployer qu’en raison de leur poids, ce qui leur confère une plus grande pertinence en regard du mode de présentation choisi, soit la suspension.

Une œuvre accrochée dans les airs devrait nous permettre de vivre une pleine expérience en deux temps, soit par en dessous, puis latéralement par la mezzanine.  Dans cette proposition, les points de vue sont complémentaires, permettant aux formes de se renouveler au gré des déplacements sur deux niveaux.

Installation suspendue formée de trois éléments dans la foyer d'une salle de spectacle.
Les trois modules sont faits de cuir, tendu sur des armatures d'aluminium.

Le rendu

Un spectacle est l’occasion de mieux faire exister les idées.  Que ce soit la pensée d’un auteur dramatique ou d’un compositeur, une représentation constitue en quelque sorte sa mise en matière, elle la rend pleinement perceptible et appréciable.  Mais pour qui a la chance d’y accéder par les coulisses, un ordre de réalité bien différent s’offre au regard.  Il s’agit en quelque sorte de tout ce qui n’étant pas vu, permettra néanmoins à la magie d’opérer lors du spectacle. En un sens, je cherche à éclairer ce qui n’est pas l’œuvre à proprement parler. Ce sur quoi elle prend appui, littéralement.

L’aluminium est ce matériau convivial permettant le déploiement de dispositifs scéniques légers, versatiles et robustes.  Dans le cas qui nous intéresse, les sections d’aluminium renvoient à ces structures modulaires.  Quant au cuir, il est l’incarnation même d’une matière animale et textile tout à la fois, les deux étant des secteurs notoires du savoir-faire de la région.  Cette matière offre en outre une large palette de finis, lesquels rejoignent également les couleurs de sable des planchers.

Puisque ce concept emprunte au vocabulaire de la scénographie, il faut considérer avec attention les éléments servant au déploiement des figures dans l’espace de l’atrium.  A ce titre, les câbles d’acier revendiquent une forte présence dans l’ensemble, au même titre que les lignes tracées par les tiges métalliques.  Nous ne serons alors pas surpris d’en voir sept au total, s’étirant sans gêne vers la périphérie.  Traversant le plafond par de petites ouvertures triangulaires, ils empruntent exactement la même stratégie qui, dans le concept architectural, a permis d’intégrer les luminaires suspendus.  Nous pouvons ainsi dire que les câbles font pleinement partie de la proposition artistique, tout en incarnant des sections très fines au travers desquelles circulent le regard et la lumière.

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