Bâtiment des loisirs, Notre-Dame-des-Pins
Odette Roy et Isabelle Jacques, architectes
Les travaux préparatoires sur la maquette m’ont dissuadé d’y installer une œuvre en relief, même de peu d’épaisseur. Cet espace étant essentiellement un lieu de circulation, une œuvre dite intégrée à l’architecture ne saurait y représenter une entrave pour les gens. Cela étant, l’endroit pressenti m’a semblé appeler tout naturellement une peinture. Une peinture protégée de surcroit, par un verre trempé.

Huile, prismacolor, graphite et toile sur panneau de bois
242 x 54 cm.
Que ce soit pour des raisons esthétiques ou identitaires, tout le monde porte un intérêt envers le paysage. L’on dira de telle topographie vallonnée, par exemple, qu’elle est typique de la Beauce. La vue large et les grands espaces y sont également liés, ouvrant sur un projet panoramique. Or, plutôt que de chercher à représenter fidèlement cette région par un site choisi, je me suis penché sur des cadres différents au travers desquels on peut décrire un même territoire. Un paysage changeant à mesure qu’on y circule, des états successifs.

Notamment, le découpage des terres agricoles génère une rythmique incroyable. Il semble qu’un territoire aussi quadrillé renferme autant de lieux distincts qui se jouxtent, des trappes dans le terrain, lesquelles semblent vouloir se chevaucher vers des points de fuite mouvants. Cela se prête bien à mon approche picturale, quand je m’y mets, laquelle est souvent ponctuée de cadres dans le cadre et empreints de mobilité.

Cette peinture conjugue nombre de points de vue possibles sur un paysage en plusieurs couches. Qu’il soit observé à partir d’un sommet ou que ce soit par exemple une vue panoramique et rasante sur des vallons au loin. Plus à gauche, nous avons une vue bien plus frontale et descriptive relevant de la cartographie.

Le panneau de gauche est séparé en deux, il est issu d’une interprétation cartographique de l’agglomération de Notre-Dame-des-Pins. Cette fois-ci, toute la zone se donne en aplat. Il s’agit en fait d’une utilisation de photos satellites du village. Dans la zone peinte, l’image est issue des terres agricoles situées au sud-ouest de l’agglomération. Or le tracé de départ s’est ensuite prêté à des expériences intuitives, glissant vers l’abstrait.

Huile, prismacolor, graphite et toile sur panneau de bois
95 x 54 cm.
La peinture pose des questions fascinantes, ne serait-ce qu’à l’égard de la représentation. Bien qu’elle puisse être figurative ou abstraite, une peinture est avant tout concrète. C’est pourquoi, depuis mes débuts en peinture qui remontent aux années 1980, j’ai toujours accordé une grande importance à la couleur coulant sur la surface. Il s’agit pour moi de prendre acte du fait que ce liquide pigmenté est appliqué sur une surface verticale. Avant même de représenter quelque chose d’autre, il est donc admis que la peinture revendique sa propre existence, elle prend corps et descend par son poids, jusqu’à se figer dans le parcours. Une opération très littérale est enregistrée.
Cette idée de laisser choir la couleur amène à considérer la peinture comme une expérimentation matérielle et tactile, un dialogue de tous les instants. Parfois, il arrive que les coulisses participent à l’illusion et parfois, elles la nient. Entre les deux, le regardeur s’en fait l’arbitre, il crée les liens ou les réfute. Toujours un peu plus riches à mesure que progresse le travail, les glacis arrivent à dissoudre légèrement les couches précédentes, de manière à entraîner le pigment dans des motifs inimitables qui, justement, caractérisent le médium à l’huile.
