Mairie et caserne de pompiers, St-Simon-de-Rimouski
Bois (frêne blanc, chêne rouge, cerisier tardif, acajou, noyer noir, tilleul, érable à sucre, érable ambrosia), bronze
297 x 120 x 25 cm.

Devant l’immensité d’un paysage et sa force évocatrice, on se demande d’où vient tout cela. D’où sortent donc ces masses rocheuses émergeant des eaux à perte de vue, très dures et sectionnées sans pitié par je ne sais quelle force occulte. Vers quel avenir se dirigent-elles dans le temps long, bousculées les unes contre les autres depuis des millénaires. Du chaos qu’on imagine ayant généré tout cela, et durant le court instant qui me mène là, me reste une vision de force tranquille. De paix, même.
En somme, tout m’appelle à l’atelier. Non pas pour y représenter ce que j’ai vu mais emprunter de cette énergie, si je puis dire. En tout petit, et de mes mains, faire naître des choses. Les faire entrer en collision et tenter d’arbitrer un peu ce qui pourrait se passer, cherchant là une notion d’équilibre.
Depuis quelques années déjà, la géométrie me captive, les sphères en particulier. J’aime les voir se faire et se défaire à travers différents modes de réalisation, alternant matériaux et techniques associées. Allons-y avec un exemple : que pourrait-il se passer si je fabriquais un cercle de bois assez grand pour me contenir, puis un autre et encore d’autres pareils, pour les amalgamer à la manière d’un ballot de fil? Voilà un très long travail d’ébénisterie dans lequel on peut aisément se perdre. Une routine méditative et sans destination, comme un tricot fait à l’aveugle qui pourrait aussi bien ne jamais s’arrêter.

Avec cette grande sphère, j’obtiens certes un objet de forte présence qui serait peut-être plus étonnant encore si je le tranchais comme une tomate. En découle la forme d’un dôme, ni fermé, ni totalement ouvert.

J’avais là un élément intrigant qui, appliqué au mur, appelait peut-être quelque chose à s’en détacher jusqu’à parcourir un bout d’horizon.

Le bois est une matière noble qui, par ailleurs, se prête à une gamme de possibilités. Sans me limiter au bois, mais sachant qu’il allait être présent, j’allais emprunter à la géométrie ses formes les plus simples et abstraites, afin de les faire évoluer dans un travail long, répétitif et surtout, très ancré dans la matérialité.

Après les cercles se multipliant jusqu’à constituer une sphère, j’en suis venu à amalgamer des rectangles. Mais encore, pourquoi cette trame quadrillée? Matériellement parlant, la masse est composée de ces multiples essences de bois. La matière ligneuse s’organise suivant des choix aussi aléatoires que réfléchis, ouvrant aussi sur un dialogue avec l’inconnu : une équation à solutionner.
Comme on peint un tableau, j’ai longuement façonné l’élément horizontal, alternant ajouts et retrait de matériel. Faite de madriers collés, la masse s’est unifiée par endroits. Cependant, toutes les entures sont restées apparentes et même relevées par le contraste des essences de bois. Au-delà des différences chromatiques, ces arbres se démarquent aussi les uns des autres par leurs qualités de grain, leur dureté, même les effluves que j’ai gardés pour moi. C’est ainsi qu’est faite la partie basse de la forme, sous la ligne d’horizon.

Ailleurs dans la murale, je souhaitais explorer l’expressivité du bois par des interventions plus radicales, réalisées au jet de sable. En ressortent des reliefs encore plus organiques et saisissants mais, de ce fait, plus délicats et fragiles. C’est là qu’entre en jeu le moulage, afin de saisir tous ces fins et fragiles reliefs et les transposer en bronze, les rendant au final plus solides encore qu’en bois.

C’est à dessein que le titre ne peut être identifié à une figuration quelconque. Si cette œuvre représentait quelque chose, ce pourrait être le temps lui-même comme facteur de transformations. Par exemple, un temps géologique fait de strates s’ajoutant et s’érodant pour façonner nos paysages par-delà nos vies à tous. À mon échelle personnelle, cette murale est aussi une présence qui m’a accompagné dans l’atelier durant tout un hiver. Tout doucement, de petits ajustements se sont succédés, jusqu’à l’échéance qui avait été convenue.
