6×6 tronqués

Cela fait longtemps que je construis des dômes d’une vingtaine de pouces de diamètre, j’en ai fait une spécialité. Je crois que c’est le fait même d’observer cette constance qui paradoxalement m’en fait voir les infinies variations. Cette simplicité de la forme m’est exquise, tout autant que les écarts qui s’ouvrent lorsqu’on envisage de procéder autrement.

Un moulage est en quelque sorte un simulacre de la forme originale. En ce sens, il ne lui est pas si étranger. Il lui emprunte bel et bien sa forme, au point même d’en révéler des détails qu’on n’avait pas perçus. D’autres détails qu’on s’attend de retrouver seront à peine perceptibles sous forme d’empreinte, peut-être en raison de la couleur qu’on avait prise pour un volume ou une texture. Voir une chose dans une autre matière, c’est voir autre chose.

Lorsqu’on fait évaluer un projet de bronze à la fonderie, les calculs se font en pouces carrés et non en pouces cubes. Surprenante de prime abord, cette manière de voir la forme est pourtant bien logique parce qu’un bronze est généralement vide. Ainsi, l’on pourrait dire que la forme pleine de bois est un volume alors que son simulacre de bronze est une surface, une surface qui en principe devrait se refermer autour du vide.

Passer d’un objet sculpté à un autre qui a été coulé représente tout un changement de perspective. Bien qu’il s’agisse d’une forme pleine, le travail de sculpture sur la masse de bois s’est joué essentiellement sur sa face extérieure. Dans le cas particulier de ces 6×6 tronqués, la chose devient bien plus évidente lorsqu’on sépare les seize modules la composant. Dès lors, la face sculptée devient très largement minoritaire à l’égard des autres surfaces ainsi créées. Des surfaces planes mais des surfaces quand même…

Pour le dire autrement, cette sculpture modulaire qui était faite d’un seul volume plein se retrouve tout à coup constituée de seize volumes distincts, du simple fait de les avoir séparés et ainsi décuplé leur superficie en autant d’interstices. Pour leur part, les simulacres de bronze n’établissent qu’une seule face des blocs, le reste consistant en une architecture empruntée au processus de fonderie et servant essentiellement à maintenir en place les surfaces, les simulacres ; c’est tout un théâtre qu’il faut pour passer de l’un à l’autre et assurer une continuité.

Disons-le encore autrement. Du fait de la sectionner, la masse de bois a gagné en surface. Du fait de la garder ouverte plutôt que de la refermer autour du vide, la surface de bronze divisée en plusieurs parties tenues en place par autant de pièces de soutènement, a gagné en volume.

6×6 tronqués – étude 2 2021

6×6 tronqué – étude 3 2021

6×6 tronqué – étude 5 2021

6×6 tronqué – étude 7 2021

6×6 tronqué – étude 8 2021

Votre commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s