Encore les sphères. La même obsession s’exprime à travers des jours différents, elle trouve à chaque fois d’autres modalités pour se dire. L’Univers pourrait s’être d’abord présenté sous la forme d’une chose à peu près ronde parce qu’implosée ou, au contraire, explosant pour générer de nouvelles entités tout autour, tellement grandes qu’on n’en perçoit pas le contour, sinon minuscules au point de ressembler à de fins éclats à perte de vue, des formes émiettées jusqu’à l’infiniment petit.
On imagine l’ensemble en mouvement dans une danse tenant tout à la fois de l’attraction, de la répulsion et du temps les entraînant. On suppose des rotations et des orbites, arbitrés par la force des choses, de la matière. Et toujours, des corps ronds, des vides ronds, tournant sur eux-mêmes.
Relevant d’abord de la géométrie, c’est dans sa mise en objet que la sphère me fascine le plus et c’est là qu’elle m’apparaît dans ses suaves contradictions. Mes premières itérations étaient sculptées à main levée. Jour après jour, j’avais contourné chacune d’elles en développement et jusqu’à l’usure, outils en mains. Toujours, je voulais voir advenir cette même forme, familière, si simple et complexe à la fois. En m’attaquant à une nouvelle sphère, je voulais toujours plus en faire l’expérience, afin de voir ce qu’elle m’enseigne, de par la résistance qu’elle m’oppose. Parfois, j’en ai sculpté. J’en ai construit d’autres puis moulé d’autres encore.
Au moment d’entamer un nouveau chantier, on ne sait s’il aura une suite. De même, on s’attend certes à des ruptures quelque part dans la suite des choses puis à d’insolites continuités. Des unes et des autres, interrompues ou pas, se dessinent des séries d’objets.
Une surface en construction
J’avais en tête de produire une sphère assez grande, disons d’échelle humaine. Déterminé à faire contremploi d’un matériau mal aimé (le bois traité), j’avais là une somme de difficultés à apprivoiser, appelant d’autant un vocabulaire spécifique pour les réconcilier. Tout aussi rectilignes qu’ils soient, les 6×6 allaient-ils se prêter à la forme que je souhaitais leur donner? En quoi allaient-ils peut-être résister à mon dessein mais aussi en quoi pouvaient-ils lui être même pertinents? En raison de leur volume, ces grosses poutres peuvent être entendues comme une matière brute à tailler pour les amener vers d’autres formes, en rien pareilles. Or elles incarnent aussi des standards de cour à bois, d’architecture. Ainsi, c’est de leurs mensurations que découle la première sculpture puis, sur plus d’une décennie, ce qui allait devenir la série Une surface en construction.
Suivant une procédure somme toute très semblable et empirique, la deuxième sculpture n’est cependant pas un dôme se déployant autour d’un dispositif interne évoquant un compas ou l’armature d’un parapluie. Au contraire, c’est une coupole, pour ainsi dire. Une forme concave et de même diamètre, sertie dans un exosquelette.

Les Déploiements 1 et 2 étant des objets résultant de mouvements organisés de leurs composantes autour d’un point focal, l’Étude 3 est fort différente. Les 6×6 proposent un standard qui cette fois pourrait s’associer à une trame, comme s’il s’agissait de pixels ou des briques d’un grand ouvrage de maçonnerie. Le dispositif générant la sphère ne leur est pas directement associé. Au contraire, la sculpture est patiemment construite, un rang à la fois, sur un plateau tournant. En cela, on pourrait faire des rapprochements avec l’impression 3D. Puis, juchée en orbite autour du plateau, une toupie rectifie l’objet tournant jusqu’au rayon programmé en amont. Une masse de bois ainsi taillée par les airs peut faire penser à une CNC, cette dernière ignorant les aléas du matériel pour ne s’en tenir qu’à la forme.


Bois traité (pin rouge) 180 x 180 x 42 cm.
Lorsque présentée à Regart, centre d’artistes en art actuel de Lévis, les socles dépareillés de la galerie ont été mis à contribution après que je les ai nivelés, pour ainsi dire, par addition. À quel autre monde devrait-on associer cette manœuvre de calage, peut-être encore à l’impression 3D? Au levage des bâtiments? À la construction sur pieux ou pilotis?

Bois traité
180 x 180 x 42 cm. Incluant les socles : 230 x 215 x 98 cm.
Photo : Jean-François Gravel

Bois traité
180 x 180 x 42 cm. Incluant les socles : 230 x 215 x 98 cm.
Photo : Jean-François Gravel
